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Ces enfants pousseurs de brouettes...

10 mai 2016 | 21:53
D. M.

L’Unicef estime à 400 000 le nombre d’enfants qui travaillent en Algérie. Un chiffre inquiétant qui se multiplierait par trois selon des associations de défense des droits de l’enfant. Mais le chômage et la précarité poussent beaucoup d’adolescents à servir de main-d’œuvre pas chère, malléable et corvéable.

Le ministère du Travail explique ce phénomène par le « faible niveau économique » qui engendre de faibles revenus, même si l’inspecteur général du travail tente de minimiser cette réalité en disant : « Les derniers bilans présentés par les services de l’Inspection du travail confirment, une fois de plus, que le phénomène du travail des enfants se présente avec des proportions très réduites en Algérie ». Pourtant, la réalité est tout autre.

On les voit dans les cafés, les restaurants, comme plongeurs, parfois serveurs, dans les champs… Cependant, un nouveau métier semble s’incruster dans les us de ces jeunes : celui de pousseur de brouettes.

Un moyen de transport qui, d’habitude, sert dans la maçonnerie est actuellement utilisé pour le transport de marchandises. Ils ont entre 12 et 15 ans. Ils ont quitté l’école prématurément, par nécessité ou simplement pour mauvais résultats scolaires.

La rue, racoleuse, leur a tendu les bras. Et qu’importent les lois qui régissent la République. « Et même si j’étais allé jusqu’en terminale, avais obtenu le baccalauréat, un master ou même un doctorat, je n’aurais jamais pu être cadre de l’Etat. J’aurais obtenu un contrat dans une administration ou une entreprise avec une rémunération humiliante.

Aujourd’hui, des diplômés sont recrutés dans le cadre de l’emploi des jeunes avec un salaire de misère estimé à 15 000 DA, sans aucune chance d’être titularisés un jour. Ce n’est pas intéressant pour moi », se justifie Kamel, âgé 14 ans et ayant le niveau 2e année moyenne.

Pour quelques courses d’un endroit à un autre dans sa ville Maghnia, Kamel gagne quotidiennement entre 500 et 1 000 DA : « Je transporte des produits de toutes sortes d’un vendeur en gros à un détaillant, mais aussi des sacs de voyageurs de la gare routière ou ferroviaire au centre-ville ou alors dans un quartier précis.

Mais on travaille surtout avec les commerçants qui, pour quelques cartons, ne feront pas appel à un taxi tant les distances ne sont pas longues », explique encore Kamel.

Mais pourquoi précisément ce moyen de transport ?

« C’est simple, il ne coûte pas cher et on n’a pas besoin de permis de conduire. Jusqu’à présent, personne ne nous a interdit de faire ça ! ». Mais ce qui interdit à un enfant de travailler c’est bien la loi. En Algérie, la scolarité obligatoire jusqu´à l´âge de 16 ans a été renforcée par le biais de la promulgation de la loi 90/11 du 21/04/1990, notamment en son article 15 qui stipule que « l´âge minimum requis pour un recrutement ne peut en aucun cas être inférieur à 16 ans ».

En revanche, aucune réglementation n’a prévu de pénaliser les parents qui obligent leurs enfants à travailler.
Omar, 16 ans, n’a pas sa langue dans la poche : « Ici, je gagne mieux qu’un fonctionnaire. En plus, je ne paye pas d’impôts sauf peut-être, de temps en temps, à des agents qui veulent nous déloger de notre aire de stationnement. Un petit bakchich insignifiant. En fait, on achète la paix », dit-il ironiquement.

Il arrive que des échauffourées éclatent entre les jeunes pousseurs de brouettes. « Avec l’ancienneté, on a réussi à établir une liste de clients, mais certains d’entre nous n’assimilent toujours pas cette règle, d’où les bagarres. C’est ça la loi du marché » explique-t-il. Depuis un mois, les affaires marchent très mal et ces brouettes risquent de retrouver leur utilisation initiale.

« Depuis que les autorités ont décidé de lutter sévèrement contre la contrebande entre l’Algérie et le Maroc, le commerce dans la région a sensiblement diminué, pour ne pas dire presque complètement disparu.

Les commerçants ne font plus appel à nous parce qu’ils n’ont presque plus rien à transporter », déplore l’un de ces jeunes. La phrase a été lâchée : leur travail, en fait, dépendait en grande partie du commerce informel. Cela explique pourquoi les « commerçants » avaient recours à eux.

« Aucun transporteur en commun légal n’accepterait de transporter des marchandises informelles », affirme Kamel. Kamel, Omar et leurs semblables, inventeurs d’un moyen de transport spécial, disparaîtront avec la fin d’une activité informelle longtemps tolérée par l’Etat.

De jeunes chômeurs, longtemps habitués à l’argent, que ce même Etat devrait prendre en charge sans trop attendre.
« A 16 ans, je n’ai droit à aucun dispositif entrant dans le cadre de l’emploi des jeunes puisque, normalement, je dois être à l’école. Et pour retourner en classe, après trois ans d’absence, c’est du domaine de l’impossible.

Je suis donc subitement livré à moi-même, prêt à tout pour obtenir de l’argent. C’est un dilemme… pour nos responsables ! », reconnaît Omar, qui a l’air d’interpeller les responsables. Récemment, l’Office nationale des statistiques a indiqué que 1,4 million d’Algériens sont au chômage.

Le taux de chômage a atteint 11,2% en septembre 2015 contre 10,6% une année auparavant, selon l’office. Celui des jeunes âgés entre 16 et 24 ans a atteint 29,9% en septembre 2015 contre 25,2% au même mois de l’année 2014 (31,1% en 2005). 

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