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Aïd-El-Adha à Annaba : Le mouton inabordable

4 août 2019 | 23:43

L’Aïd-El-Adha arrive cette année sur fond de révolte populaire contre le système politique et crise économique frappant le pays de plein fouet ; le citoyen lambda ne sait plus à quel saint se vouer. Les prix excessifs des moutons pratiqués cette année par les maquignons et les revendeurs de Tébessa, Khenchela, Djelfa et M’Sila pour la plupart, donnent le tournis.

Ces prix vont-ils dissuader un grand nombre de citoyens de se soumettre à la « sunna » de l’Aïd El Kébir ? Si par le passé, très rares étaient les familles qui ne pouvaient s’offrir le fameux mouton, allant, pour certains, jusqu’à vendre un bijou de famille pour ne pas laisser les enfants « envier » les voisins, les mentalités commencent à changer, particulièrement chez les familles à faibles revenus. Selon plusieurs bouchers que nous avons contactés, beaucoup de familles ne vont pas sacrifier de mouton le jour de l’Aïd El-Kébir, comme le veut la tradition musulmane, pour cause d’incapacité financière.

Ces mêmes bouchers exhibent des carnets de commandes de plusieurs centaines de citoyens pour de la viande et des abats pour le jour J, à la place du mouton. La précarité et le chômage font qu’un grand nombre de ménages démunis ne se hasardent plus à s’endetter pour acheter le mouton coûte que coûte d’autant que les prix grimpent chaque année. Cette année, le prix moyen d’un mouton « potable » ne descend pas au-dessous des 35 000 DA, et un mouton bien en chair est cédé entre 60 000 et 90 000 DA, comme on a pu le constater dans plusieurs souks, entre autres ceux de Sidi Salem, d’El Hadjar et d’Azzaba, où les spéculations vont bon train, et les marchandages, toujours au préjudice du citoyen, démontrent l’intransigeance des maquignons décidés à faire des affaires juteuses sur le dos de « leurs frères » en cette période de piété. Certains maquignons d’occasion, qui n’ont rien à voir avec le métier, saisissent cette opportunité unique pour s’enrichir au détriment des pères de famille, dont beaucoup, accompagnés de leurs enfants reviennent bredouilles, ne pouvant se permettre un achat aussi onéreux.

Des pères de familles rencontrés au cours de notre virée sur les principaux points de vente affichent des airs tristes, voire révoltés de ne pas pouvoir acheter un mouton. « C’est scandaleux, comment faire quand on gagne à peine 30 000 dinars par mois, et ne parlons pas de certains salariés qui n’arrivent pas au seuil des 20 000 dinars », nous a déclaré un fonctionnaire de l’APC d’Annaba que nous avons rencontré hier dans un souk. Un marchand de fruits et légumes du marché couvert, situé en plein centre-ville, qui n’avait jamais raté le sacrifice du mouton, nous confiera qu’il s’en passera pour cette année, « et puis on verra l’année prochaine ». Des retraités également rencontrés tâtant des moutons sont aussi révoltés par les prix proposés par les maquignons : « Impossible d’acheter à ces prix, à moins que nos fils et nos filles qui travaillent ne cotisent pour un achat et passer ainsi la fête de l’Aïd ensemble ».

Mais, fait insolite, plusieurs intellectuels forts connus à Annaba et qui ont requis l’anonymat nous ont confié : « Même si nous sommes en mesure de payer un mouton 120 000 dinars, cette fois on n’achètera pas. C’est trop et trop encore devant les prix pratiqués dans les boucheries et les spéculations mafieuses des maquignons ». Et de poursuivre d’une même voix : « Acheter aujourd’hui un mouton à l’occasion de l’Aïd, c’est participer à la destruction du pouvoir d’achat du simple citoyen, et aussi porter une atteinte honteuse à l’économie nationale par la destruction de son cheptel qui a besoin de se reconstituer pour le bonheur de tout algérien ».

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