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Ahmed Bedjaoui : « Il faut aller vers la construction des multiplexes »

6 mars 2019 | 22:08
Tizi-OuzouAhmed Bedjaoui Saïd Tissegouine


C’est un véritable diagnostic que le Dr Ahmed Bedjaoui a établi au mal que traîne le cinéma algérien depuis plusieurs années, à l’issue d’une conférence qu’il a animée ce mercredi au Petit Théâtre de la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Devant un public nombreux et attentionné, le conférencier ne s’est pas contenté de mettre en avant le marasme que traîne le cinéma algérien mais a proposé des solutions pour que le 7e art en général, national en particulier, retrouve ses lettres de noblesse.


Le Dr Ahmed Bedjaoui a souligné que durant les années où l’Algérie vivait sous l’ère coloniale, la distribution des films et la gestion des salles de cinéma étaient entre les mains de gestionnaires privés, et ceux-ci étaient souvent des Algériens. « Des entreprises telles que la Paramount et la Fox avaient des antennes à Alger et, de ce fait, les gestionnaires et les distributeurs étaient en relation directe avec ces dernières », a assuré le conférencier. Il a ajouté : « Ce n’est qu’au cours de l’année 1964 que l’Etat a décidé de remettre la gestion des salles aux municipalités, d’où le début des difficultés. Et le coup de grâce a été donné au début des années 1990 ». Le Dr Ahmed Bedjaoui a indiqué qu’en 1962, il y avait 400 salles de cinéma en Algérie, dont une cinquante à Alger. 


Il y avait également le cinéma itinérant, dont la projection n’était possible que grâce à des gens qui, tout simplement, nourrissaient de la passion pour le cinéma. « C’est dans le cadre de ce cinéma itinérant que j’ai découvert, à l’âge de cinq ans, le film intitulé J’ai le droit de vivre, avec Humphrey Bogart, d’où la naissance de mon amour pour le cinéma », a déclaré le conférencier. Plus loin, le Dr Ahmed Bédjaoui a indiqué ce qui différencie les cinéastes algériens de l’ancienne génération et ceux de la génération actuelle. « Les cinéastes de l’ancienne génération s’inspiraient souvent de ce qu’ils avaient vécu ou ce dont ils ont été témoin pour faire leur œuvre cinématographique, alors que ceux d’aujourd’hui analysent la société et son évolution pour faire leur film », a expliqué le conférencier. Plus loin encore, le Dr Bedjaoui a expliqué les positions du pouvoir politique d’alors et cette volonté des cinéastes à s’en émanciper afin de véhiculer le message qu’ils voulaient, le message attendu par le cinéphile.


Dans ce contexte précis, le conférencier a cité le cas de Chronique des années de braise, où son réalisateur, Lakhdar Hamina, a porté un regard sur l’ordre sociologique du peuple algérien de l’époque des années 1930 et 1940 et, du coup, un témoignage sur le mouvement national, lequel, bien entendu, a abouti sur le 1er novembre 1954. Selon le Dr Ahmed Bedjaoui, à sa sortie en 1975, Chronique des années de braise a suscité un cataclysme dans le haut milieu décideur, qui a toujours voulu faire penser aux Algériens que la seule référence au mouvement révolutionnaire était le 1er novembre 1954. « C’était un film très dur », a conclu le conférencier sur ce passage précis. Le Dr Ahmed Bedjaoui préconise la construction de multiplexes comme salles de cinéma, et ce dans le même espace que les centres commerciaux et autres surfaces assidûment fréquentés par le public. Il a cité beaucoup de pays qui ont choisi ce genre d’infrastructures cinématographiques, dont l’Egypte. Le conférencier a également soutenu que le cinéma est un créneau porteur de grandes finances. Le Nigeria, à titre d’exemple, enregistre des rentes de trois milliards de dollars en termes de fiscalité à travers la gestion et la projection de films. A cela s’ajoutent les emplois générés par le monde cinéma. Dans ce même pays, pas moins de deux millions de travailleurs sont recensés dans ce créneau cinématographique. Le Dr Ahmed Bedjaoui a donné encore


énormément d’informations sur le cinéma algérien. Certaines sont douloureuses, d’autres moins. D’autres encore suscitent de la révolte même si elles prêtent à rire. C’est le cas de la tentative d’Anissa Boumediène, et sur suggestion d’un homme soucieux de préserver les salles de cinéma, de voir l’homme qui allait devenir son mari (Houari Boumediène) pour le convaincre d’annuler la décision portant gestion des salles de cinéma par les municipalités afin de les remettre entre les mains des privés. « L’homme a refusé de céder mais a gardé la femme », a raconté le Dr Ahmed Bedjaoui avec humour ; ce qui a plongé l’assistance dans un grand rire. L’épisode de la réalisation d’une série de films intitulée Combien je vous aime, par Azzedine Meddour, a été aussi évoqué. Dans ce film par séries, le réalisateur a évoqué le cas des 400 Algériens utilisés comme cobayes lors des essais nucléaires de Reggane en 1961.


C’était en 1982. Le président de la République française d’alors, le défunt François Mitterrand s’était plaint à son homologue algérien, feu Chadli Bendjdid, de ce côté « qui nous a incriminés ». Sous la pression de Paris, Alger a mis au placard le film qui n’est sorti que beaucoup plus tard. Et pourtant, le cinéaste Azzedine Meddour avait dit vrai dans ce film puisqu’il a joui du témoignage d’un ingénieur allemand, témoin oculaire de la tragédie.


Le Dr Ahmed Bedjaoui a terminé sa conférence par lancer un appel aux autorités compétentes pour internationaliser le Festival du film amazigh, mais après avoir expliqué que ce cinéma amazigh doit être redéfini dans son juste contexte car il fait partie du cinéma algérien et que, par conséquent, il faut l’identifier comme « le cinéma algérien d’expression amazighe ». Notons enfin qu’à l’occasion de sa conférence, le Dr Ahmed Bedjaoui a fait la vente-dédicace de son livre intitulé le Cinéma à son âge d’or. D’ailleurs, sa conférence a eu pour thème ce même intitulé.

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