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Affaire El Khabar Et la justice

21 juillet 2016 | 00:30
Safi BENAISSA Cadre Dirigeant en retraite,Oran

Notre justice est brocardée. Elle est souvent mise à mal surtout pour les justiciables qu’elle épingle. Et ceux qui s’estiment intouchables de par leur position ou leur statut social, soit dans le monde des affaires, soit certains organes d’information qui par leur couverture médiatique croient influencer l’opinion publique par le travestissement des faits et la manipulation des lois pour disculper leurs protégés et accabler la justice.

Ce qui est outrageant c’est qu’il s’agit de notre justice, la justice algérienne qui est crucifiée pour des intérêts privés et jetée en pâture à une presse étrangère et certaines ONG friandes des informations qui répondent à leur objectifs : stigmatiser les pays du tiers monde dans ce qu’ils ont défini comme une « mauvaise gouvernance » en comparaison de leur gouvernance, elle-même, fruit de longs siècles de lutte.
Que dans la masse des jugements qui sont rendus au niveau du territoire national, certains sont iniques personne n’en doute. Pour la simple raison que cette justice est faite par des hommes au nom du droit. Par des magistrats mais également par les avocats -auxiliaires de justice- qui conseillent, assistent et représentent leurs clients en justice.
L’infraction ou le délit, une fois qualifié, la procédure de justice est enclenchée. De l’action à la décision de justice, ce sont des hommes, donc des êtres humains qui l’ont animé en se prévalant du droit, en faisant appel à leur expérience, à leur convictions intimes, souvent influencés par leurs états psychiques du moment. Voilà de nos magistrats.
Nos avocats dans l’intérêt de leurs clients s’affirment également sur les textes de lois, la jurisprudence, les circonstances qu’ils jugent atténuantes, l’émotion qu’ils doivent susciter, pour influencer la décision de justice en faveur de leurs mandants.
Cette décision à la fin du procès, peut agréer ou contrarier les pours et les contres. Fatalement. Il est extrêmement rare qu’elle satisfasse les (2) parties en cause. Mais également, elle peut être pénalisante pour l’une d’elles, ou considérée comme telle ; cette décision pourrait être interprétée comme un passe-droit ou à une mauvaise interprétation de la loi ou tout simplement par une plaidoirie de moindre qualité par le défenseur de la partie pénalisée.
Rendre justice n’est pas une sinécure surtout quand l’affaire a déclenché une bataille juridique qui n’est pas toujours guidée par la bonne foi.

L’Etat de droit
Que les pourfendeurs de notre justice se ressaisissent ! Crier au loup, à chaque fois qu’une décision de justice ne répond pas à leur attente, c’est l’incriminer par de la subjectivité et vouloir se l’inféoder. L’État de droit dont ils se gargarisent se construit, il ne se décrète pas, ni ne s’improvise, surtout pour notre jeune nation.
Par ailleurs nous ne vivons pas en autarcie. Les chaînes satellitaires nous abreuvent de procès retentissants qui se tiennent outre-mer. « Les erreurs judiciaires » sont souvent invoquées pour couvrir leur justice, pour sa protection -et c’est tout à leur honneur !-

Affaire El Khabar
L’actualité de ces derniers jours nous a édifié sur l’incrimination de la justice par certains journalistes qui ont pris fait et cause pour le journal El Khabar dans son bras de fer avec le ministre de la Communication pour sa transaction commerciale avec Nessprod -le propos ici n’est pas de dire le droit, cette prérogative relève de la justice- n’en déplaise aux contradicteurs.
Cette affaire enrôlée par le ministre de tutelle remettait en cause la transaction conclue entre El Khabar et Nessprod a défrayé la chronique. D’abord par une avalanche d’invectives à l’encontre de la personne de M. Grine en esquivant l’autorité dont il est investi –ministre-. On lui dénie le droit d’interférer dans une affaire commerciale, d’autant plus, disent-ils, que cette vente a été actée par un notaire : le fait accompli primerait-il le droit !?
Cette compagne médiatique a pris de telles proportions que M. Rebrab, pris dans ce tourbillon, commit la maladresse de souhaiter le départ de ce « pouvoir ». Voilà un capitaine d’industrie le plus en vue, dont la réussite dans les affaires est époustouflante -n’oublions pas qu’elle a été réalisée dans son pays, l’Algérie- qui a été « poussé » à l’affrontement avec les pouvoirs publics. La réaction des représentants de ces derniers a été cinglante. Son statut national et à l’international aurait du être épargné de cet affront dans lequel il a été « jeté ». Ou est-ce que les enjeux politiques ont été déterminants dans sa tentation de prise de possession et de contrôle de plusieurs médias. Dans tous les cas les conseillers de M. Rebrab se sont révélés être de piètres stratèges.
Les journaux qui se sont mobilisés pour soutenir et défendre El Khabar ont été maladroits, insolents et irrespectueux du droit et de l’autorité en charge de le dire. Par leur arrogance ils l’ont desservi en faisant « feu de tout bois ».
L’outrance de cette campagne médiatique à l’encontre des institutions de l’État et de ceux qui le représentent, avait atteint son paroxysme en qualifiant cette action en justice d’une « sale guerre » contre le journal El Khabar et à travers lui une « guerre déclarée » contre les titres de la presse indépendante (de qui, de quoi ?) la liberté de la presse et les droits de l’homme -rien que ça !-. De plus cette escalade de termes violents dévoile leurs désarrois !
Il est évident que le but de cette campagne est d’intimider d’une part les magistrats et d’autre part, tenter de fragiliser les responsables de l’État -afin de les dissuader- aux yeux de l’opinion internationale tout en espérant une mobilisation nationale.

Par ailleurs l’invocation pernicieuse de la liberté de presse et d’expression qui se veut une arme universellement admise est utilisée envers et contre l’autorité pour imposer leur campagne de désinformation faite de contre-vérités et d’amalgames et de lynchage des personnalités qui contrarient leurs dessins ou qui sont solidaires de la politique gouvernementale. Il faut préciser que dans cette contribution, il ne s’agit pas de remettre en cause la liberté de presse et d’opinion -celles-ci conditionnent la consécration de la démocratie-.
Mais cette liberté ne doit pas être une liberté sauvage. Elle ne doit pas être un motif pour attenter à la dignité de l’autre ; elle ne doit pas non plus être invoquée pour travestir la vérité. Enfin elle doit être une faculté de faire tout ce qui n’est pas contraire à la loi et qui ne nuit pas à autrui -toute une éducation !-.
Certains avocats ne sont pas en reste. Ils se sont acharnés contre la justice en lui prêtant une docilité ou d’être de connivence, et mieux, d’être aux ordres des autorités politiques. Admettons que cette probabilité serait envisageable, est-il concevable que ces auxiliaires de la justice n’observent pas le droit de réserve vis-à-vis de ceux avec qui ils concourent à la manifestation de la vérité : les magistrats ?
Leur rôle -et personne ne leur donnera des leçons- est de défendre leurs clients en invoquant la loi ; ils doivent argumenter leur plaidoirie par le droit, les articles de loi qui démontrent le bien-fondé de leurs mandants de se référer éventuellement à la jurisprudence, d’évoquer les circonstances qui entourent les dossiers qu’ils défendent, faire naître l’émotion. Mais surtout de ne pas politiser l’affaire.
Mettre en exergue uniquement les articles de loi à décharge et mettre en sourdine ceux qui sont à charge pour toutes les parties, c’est concourir à desservir l’État de droit.
Au risque de se répéter « l’État de droit » ne se décrète pas, il se construit par tous les acteurs qui doivent contribuer à sa consolidation.
Au final « la montagne a accouché d’une souris ». Autant le ministre de tutelle que sa hiérarchie, le PM ont réitérés leurs positions officielles, à savoir qu’il s’agissait d’une transaction commerciale qui a été remise en cause par l’autorité publique et qui devait être tranchée par la justice.

Dans toute affaire de justice, aucun particulier ne doit se prévaloir d’un droit particulier, ni ignorer la loi, ni encore moins user de subterfuge pour la contourner. S’il s’estime lésé par une décision de justice, la loi lui permet des recours auprès de différentes juridictions en s’appuyant sur la loi rien que la loi pour que la justice atteigne sa plénitude.

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