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A l’intention de M. Macron : Ce que fut la colonisation

5 décembre 2017 | 20:53
SafiBenaissa Safi Benaissa

Monsieur le président, nous vous souhaitons la bienvenue ! Nous osons espérer que votre visite redonnera, après concertation avec notre président M. Abdelaziz. Bouteflika, une nouvelle impulsion aux relations historiques de nos deux pays.

Les intérêts économiques et politiques, légitimes, que nous devons renforcer au bénéfice de nos deux nations, et qui, nous n’en doutons pas un seul instant, vous tiennent à cœur, ont souffert et souffrent de ressentiments d’une certaine classe économico-politico-médiatique française qui se manifeste pas des discours clivants pour ne pas dire néo-colonialistes et qui nuisent à la sérénité des relations Algéro-Françaises. Des critiques acerbes et édulcorants sur les réalités algériennes ont, d’ailleurs, précédé votre visite.

Ce mépris, et ce ton d’expression hautain reflètent l’état d’esprit d’une classe qui se complait dans une attitude béate de supériorité à l’égard de l’ « ancienne colonie ingrate qui a cru pouvoir s’émanciper ».

M. Emanuel Macron, tant que les méfaits de la colonisation ne sont pas reconnus et enseignés officiellement dans les écoles françaises, la tentation d’en réduire les effets en invoquant quelques apports qui ont été l’apanage de la colonie européenne -les indigènes évoluaient à la marge – ne s’estompera pas.

Ce sont les pesanteurs portés par les anciennes générations qui les appesantissent. On ne blanchit pas le passé colonial Français par l’irresponsabilité des générations qui ont suivi la décolonisation, au risque de tomber dans l’irrationalité de dégager la responsabilité française de tous les engagements internationaux des précédentes générations. Absurde !

Nous tenons à rappeler à travers le président de la République française, au peuple français quelques sombres pages de l’histoire des indigènes que nous fumes sous la domination coloniale.
Il ne s’agit pas de récrimination envers le peuple Français d’aujourd’hui.

C’est pour remémorer à ceux qui continuent encore, contre toute évidence, de parler d’un apport civilisationnel -certains poussent l’outrecuidance jusqu’à affirmer l’incapacité des algériens à n’avoir pas su exploiter les infrastructures et les équipements hérités de la colonisation-.

Ce sont les écrits du grand écrivain et homme politique français que fut M. Aimée. CESAIRE et l’un des leaders des hommes politiques Algériens et premier président du GPRA M. Ferhat ABBES.

Le premier nous décrit avec un ton, tout à la fois, solennel et tragique de l’inhumanité du colonialisme.

Le deuxième sur la situation et la condition du colonisé.
Vous avez surement lu le « discours sur le colonialisme » d’A. CESAIRE. Faites le relire. Nous souhaitons également à ce que les deux livres de M. F. ABARE : « le jeune algérien » et « la nuit coloniale » soient lus.

Ils rafraichiront, sans nul doute, la mémoire des amnésiques. Peut-être que cette lecture aiderait-elle à une purification de la mémoire, des stéréotypes reçus, des idées préconçues et des préjugés conjecturés.

Nous relèverons quelques passages, de ces pages mémorielles de ce que fut le colonialisme. Sur la conquête A. CESAIRE rappelle quelques citations des conquérants de l’Algérie.

Colonel de Montagnac : « pour chasser les idées qui m’assiègent quelques fois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes »

Conte d’Herrison : « il est vrai que nous rapportons un plein baril d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis. »

Saint Arnaud : « dans sa profession de foi » dit : « on ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres ».
Le Maréchal Bugeaud : « se revendiquant des grands ancêtres » écrit : « il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que pouvaient les goths ».

Le commandant Gérard, sur la prise d’Ambik, une ville qui n’avait jamais songé à se défendre : « les tirailleurs n’avaient ordres de tuer que les hommes, mais on ne les reteint pas ; enivrés de l’odeur du sang, ils n’épargnèrent pas une femme, pas un enfant…

A la fin de l’après-midi, sous l’action de la chaleur, un petit brouillard s’éleva : c’était le sang de 5000 victimes, l’ombre de la ville, qui s’évaporait au soleil couchant ».

Sur la colonisation : « Puisque qu’aujourd’hui il m’est demandé de parler de la colonisation et de la civilisation, allons droit au mensonge principal à partir duquel prolifèrent tous les autres ».

« La malédiction la plus connue en cette matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu’on leur apporte ».

« Cela revient à dire que l’essentiel est ici de voir clair, de penser claire, entendre dangereusement, de répondre clair à l’innocente question initiale : qu’est-ce en son principe que la colonisation ?

De convenir de ce qu’elle n’est point ; ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du droit ; d’admettre une fois pour toute, sans volonté de brancher aux conséquences, que le geste décisif est ici de, l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit de la force, avec derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes ».

« Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, ou ne saurait réussir une seule valeur humaine ».

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale….. »

Ce ne sont que quelques citations ; pour celui qui veut comprendre ce qu’était la colonisation, ses motivations, ses effets et la déshumanisation du colonisateur, nous lui recommandons ce discours d’indignation d’un intellectuel qui en avait été victime et qu’aujourd’hui beaucoup de hauts responsables Français s’honorent d’être ses héritiers.

Recueillons maintenant quelques extraits d’articles publiés entre 1922 et 1928 par un des leaders politiques algériens, rassemblés dans un livre intitulé « le jeune Algérien ».

Dans l’avant propos de ce livre, il précise que c’est pour les hommes de sa génération qu’il a réuni ces articles, en réponse aux écrits de ceux qu’il appelle « les soldats de l’impérialisme intégral » :

« Evidemment entre eux et moi, la partie n’est pas égale. Il y a d’un coté le talent et l’éclat du mensonge doré et de l’autre, l’impuissance de la vérité nue ».

Il relève dans un journal l’Afrique latine un écrit sur la participation des indigènes à la grande guerre de 1914-18 que « seulement à la caserne l’indigène mange à sa faim et est habillé proprement ». Voulant tourner en dérision l’arabe ce journal fait un aveu sans appel.

Sur la valeur égale entre soldat indigène et européen, il se rebiffe en écrivant « c’est là un des bobards les plus fantastiques dont on ait bourré les cranes des générations », « les indigènes 999 pour 1000 sont des brutes illettrés, incapables de manier un armement compliqué ». « Hors, en bonne logique ce n’est pas 3 ans que l’Indigène devrait rester sous les drapeaux, c’est 7 ans au moins si on veut le décrasser et le dresser ».

Sur l’exode des ouvriers algériens en France et ses causes M. F. Abbas décrit l’immense misère des siens dans le bled et l’espoir qu’offre la Métropole après sa découverte pendant la grande guerre.

« Ah ! Cette misère du pauvre fellah ! ». « Te voilà, mon frère, hébété, fiévreux, malade. Il pleut, il neige, tu as froid, tu as fin ». « Je souffre pour toi, ami, car toi c’est moi et moi c’est toi ».
« Mon Dieu, l’immense pauvreté des pauvres de chez nous, qui en aura pitié ? Qui voudra y remédier ? ».

Les incorporés pour la défense de la métropole découvrent un autre monde. « Elle fit figure pour eux de terre promise », « En France, on nous aime, en France on nous traite bien, en France, on nous apprend à travailler, en France on nous paie ».

On imagine à travers cette plainte de l’indigène dans sa terre, la joie qui le saisit dans cette terre qui lui était inconnue ; même si aujourd’hui nous le savons, il ne bénéficiait pas des mêmes avantages que les Français de la métropole.

Mais cet exode pénalise les colons qui fait réagir le gouverneur général pour la réglementer en raidissant les conditions du départ sous des arguments fallacieux : « risque d’envahissement de malfaiteurs dangereux » ; et d’autres économiques « ne pas priver l’agriculture de main-d’œuvre dont la production est nécessaire à la métropole ».

« L’infériorité intellectuelle –décrétée par M. Louis BERTRAND- est celle de quelque cinquante indigènes que comptait l’université d’Alger sur 2000 étudiants européens, qui n’étaient qu’une maigre exception sur six millions d’algériens ignorants », alors que la population européenne ne représentait qu’à peine 8 à 10%.

Parce qu’ « ’il est arrivé à ces lestes et astucieux garçons, édifiés depuis longtemps sur la candeur du roumi, l’étourdissement par des bribes de citations françaises, souvenir de leçons apprises sur les bancs de l’école ».

Cette diatribe fait suite à une critique d’un collaborateur du « Figaro » qui a fait quelques mots « heureux » sur les étudiants indigènes. Quant à la population indigène elle était étiquetée : « fanatisme et communisme » par ce digne porte-voix de la colonisation.

Quant aux européens M. SERVIER affirme : « Il est incontestable que notre civilisation, dit-il, c’est-à-dire la civilisation latine, est d’inspiration chrétienne. Le libre-penseur le plus émancipé est, qu’il veuille ou non, de formation chrétienne. »

« Cela ne nous empêche pas » écrit ce triste M. Louis BERTRAND « d’accueillir paternellement l’indigène qui vient à nous, tout en sachant rester lui-même ».

Citons pour clore ses citations celle de M. ANDRE FOUCAULT, reprise par M. F. ABBES qui résume la détermination et les buts de la colonisation : « le mensonge historique ? On ne cesse de le corner à propos de notre prochain centenaire 1830 – 1930. Il proclame que la France serait venue à Alger pour assurer la « libération des barbaresques », « Barbaresques » fait bien dans les discours de tréteaux ».

« Le mensonge colonial ? Selon lui, nous, colons, serions venus ici faire la philanthropie, répandre l’éducation dans un champ clos de race ennemie, tenue sept siècles par Carthage, six par Rome, un par les vandales et par les byzantins, huit par l’Arabie, trois par les turques.

Nous aurions pour tâche première de réapprendre à prier, selon je ne sais quel rite humanitaire, à une terre torturée, dans les replis eux-mêmes suent le schisme et l’apostasie. âneries ! »
Ces écrits et déclarations résument ce qu’était la colonisation. Toutes les élucubrations produites ces dernières années tiennent à masquer, la nuit coloniale .

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