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3 000 véhicules 4x4 volés par les « gangsterros » dans le Sud

16 avril 2017 | 20:00
Sofiane Abi

La compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach a subi, entre 2003 et 2016, plusieurs vols dans son parc mobile.
Ainsi, plus de 3 000 véhicules 4x4, dont plus de la moitié appartiennent à Sonatrach, ont été volés par les « gangsterros » pour financer les attentats, le transport des armes et de la drogue et, bien entendu, les déplacements des terroristes et trafiquants de drogue.

Quelques anciens chefs terroristes de l’actuelle organisation terroriste Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont Abderrazak El-Para, avaient réussi avant 2006 à voler plus de 3 000 Toyota Station et Hilux appartenant à des compagnies pétrolières nationales et étrangères en activité dans le grand Sahara algérien.

Sonatrach figure parmi les sociétés les plus ciblées par Aqmi, d’où le plus grand taux de véhicules subtilisés dans son parc automobile.
Selon des informations rapportées par des sources sécuritaires, la moitié des véhicules volés par les terroristes ont été utilisés pour le transport de djihadistes dans le désert.

C’est aussi grâce aux Toyota Station volées que les terroristes parviennent à transporter les quantités de drogue, qui sont revendues aux narcotrafiquants en contrepartie de grosses sommes d’argent, lesquelles sont, par la suite, utilisées pour le financement des attentats.

Ces véhicules tout-terrain servent également aux longs déplacements qu’effectuent les terroristes au Sahel.
Les groupes terroristes considèrent les Toyota Station comme une véritable mine d’or grâce auxquelles ils peuvent regagner des lieux se trouvant hors du territoire national.

Des Toyota Station volées et utilisées dans les attaques de Tam et Ouargla

Beaucoup d’autres véhicules volés à des compagnies étrangères travaillant en Algérie ont été utilisés dans des attentats suicide, comme ce fut le cas pour les attentats commis en 2012 à Tamanrasset et Ouargla, où des kamikazes avaient foncé avec leurs véhicules contre les sièges des groupements de la Gendarmerie nationale, faisant ainsi plusieurs morts et blessés.

C’est avec ces véhicules de type 4x4 qu’Aqmi a pu s’approvisionner en armements suite aux multiples déplacements de ses djihadistes, et ce jusqu’en Libye. Mais comment s’y prend Aqmi pour voler autant de véhicules appartenant à des compagnies étrangères dans le Sud algérien ?

C’est grâce à des investigations menées par les services de sécurité, suite à chaque vol de Toyota Station commis dans le Sud, que les enquêteurs ont pu élucider la chose.

Les terroristes d’Al Qaïda au Maghreb ont toujours bénéficié d’une complicité à l’intérieur des compagnies étrangères, comme à l’intérieur des complexes d’hydrocarbures appartenant à la société Sonatrach. Cette complicité, dans la plupart des cas, est celle de certains chauffeurs et certains agents de sécurité qui travaillent dans lesdits complexes.

Ces derniers informent ainsi les terroristes sur le passage d’un convoi de véhicules 4x4, leur indiquant l’itinéraire que doit emprunter le convoi ainsi que l’heure. A signaler que des chauffeurs non complices ont été interceptés et assassinés par des terroristes, alors que d’autres ont été enlevés suite aux vols des 4x4.

Abderrazak El Para, l’architecte des vols des véhicules 4x4

C’est en 2003 que le phénomène des vols de Toyota Station a commencé. Le premier émir d’Aqmi à avoir recouru au vol de véhicules appartenant aux sociétés pétrolières dans le sud du pays n’est autre qu’Abderrazak El Para, de son vrai nom Amari Saïfi, aujourd’hui détenu dans un lieu discret par les services secrets.

Ce dernier est réputé pour être le véritable architecte des vols de 4x4.
Ainsi, depuis 2003, les terroristes salafistes, sous les ordres de l’ex-émir de la zone 5, ont réussi à voler des centaines de 4x4 appartenant à des sociétés britanniques, américaines et japonaises.

Ces véhicules ont été transférés au Mali et en Mauritanie pour être revendus aux tribus maliennes et mauritaniennes à des prix variant entre 5 et 6 millions de francs CFA le véhicule, le but des terroristes étant de réaliser un gain financier conséquent afin de relancer les attentats terroristes dans le Sud algérien, mais également de s’approvisionner en denrées alimentaires et en armement.

C’est ainsi que se déroulaient les choses avant qu’Abderrazak El Para et ses acolytes ne soient capturés en été 2003 par le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), organisation armée de l’opposition au pouvoir tchadien. Les salafistes sont en effet tombés dans une embuscade dressée par les unités de l’armée du Tchad, parmi lesquels se trouvait Abou Hamza.

Ce dernier conduisait une voiture qui transportait Moqatel, Bilal ainsi que des éléments de diverses nationalités africaines. Les autres s’étaient retirés pour s’abriter dans une zone montagneuse. Dès leur arrivée, les soldats de l’armée tchadienne réussirent à tuer Abou Rouaha, Abou Qotada et Abou Ibrahim.

Les autres terroristes blessés, au nombre de cinq, ont été arrêtés puis transférés à un campement militaire et, enfin, à l’hôpital de N’Djamena.

Le reste des compagnons d’El Para ayant survécu à cet accrochage ont été capturés par le MDJT. Il s’agissait de l’une des katibate du GSPC du Sud-Est, à l’époque où cette organisation terroriste était dirigée par Hassan Hattab avant son arrestation par les services de sécurité.

Avant leur entrée en territoire tchadien, Abderrazak El Para et ses compagnons se trouvaient au nord du Niger à bord de 4x4 volés dans le sud du pays. El Para avait informé ses acolytes qu’ils se rendraient au Tchad pour un séjour de deux mois, le temps d’acheter des armes lourdes et sophistiquées, dont des missiles de longue portée et des missiles de type Law qui peuvent atteindre et abattre des hélicoptères et des avions en plein vol. Une partie de l’argent, qui aurait servi à l’achat d’armes de guerre, provenait de la vente des véhicules volés.

La katiba Tareq Ibn Ziyad, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, voulait approvisionner les maquis du GSPC. 1 800 véhicules ont été volés entre 2003 et 2016. Toutes appartenaient à des sociétés étrangères spécialisées dans le forage pétrolier dans le Sud algérien.

Durant le mois de ramadhan de l’année 2006, des véhicules ont été revendus par ces terroristes à des Mauritaniens et des Nigériens entre 5 et 6 millions de francs CFA le véhicule.

Cet argent a servi au déplacement de l’ »émir » Abou Zeid, dont les éléments se chargeaient d’assurer la nourriture et les munitions. Dès leur arrivée au Mali, les terroristes du GSPC ont acheté entre 35 et 40 fusils-mitrailleurs de marque PMAK et plus de 50 000 cartouches.

Ce groupe est resté sept mois environ au Mali avant qu’Abou Zeid ne décide de retourner au lieu-dit le « Mont-Blanc » en compagnie d’autres « émirs ». Leur retour coïncidait avec le mois de ramadhan de l’année 2007. Aujourd’hui, après plus de dix ans d’activité, Aqmi ne semble pas renoncer à cette vieille pratique. Bien que le vol des 4x4 dans le Sud algérien soit beaucoup moins important, le risque est toujours là. 

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